La Banque Nationale a trouvé un acquéreur pour son siège social du centre-ville, qu’elle s’apprête à quitter pour s’installer quelques pas plus loin dans un gratte-ciel de 40 étages en construction.

La plus importante institution bancaire de la province cède donc le 600, rue De La Gauchetière Ouest à la société immobilière montréalaise Kevric et à un partenaire institutionnel non identifié. 

Kevric a un historique de collaboration avec Investissements PSP (gestionnaire de la caisse de retraite des employés fédéraux), notamment dans la tour Aimia, voisine du 600, rue de la Gauchetière. 

« Nous sommes, pour le moment, tenus à des ententes de confidentialité et […] nous ne serons pas en mesure de vous fournir l’information demandée », a indiqué la porte-parole de PSP, Maria Constantinescu, dans un courriel à La Presse

Entre 250 et 275 millions

Le prix de vente de la tour de 28 étages, construite par la Banque en 1983, n’a pas non plus été précisé. Mais l’édifice voisin du 700, rue de la Gauchetière, qui est de 30 à 35 % plus grand en superficie, s’est récemment vendu pour 323 millions. À partir de ces chiffres et selon nos informations, le montant de la transaction se situerait aux alentours de 250 à 275 millions.

« Ce qui est dangereux avec ça [le prix], c’est que tout le monde commence à faire des comparaisons », dit David Annett, vice-président approvisionnement stratégique et immeubles à la Banque Nationale. « On a fait des benchmarks. On sait qu’on obtient quand même un prix intéressant. Le 700 n’est pas du tout le même édifice. »

Outre la grosseur, d’autres facteurs influent sur la valeur des tours.

« Les acheteurs du 600 de la Gauchetière mettent essentiellement la main sur un immeuble vide puisque la banque va libérer 75 % des étages en quittant », commente André Plourde, premier vice-président chez Colliers International. Si la construction du nouveau siège social de la Banque Nationale, au coin de la rue Saint-Jacques et du boulevard Robert-Bourassa, se déroule comme prévu, les employés pourront commencer à y travailler vers la fin de 2022 ou au début de 2023.

« De plus, beaucoup d’étages sont désuets parce que la Banque a arrêté de mettre les espaces de travail au goût du jour lorsqu’elle a décidé de déménager dans un nouvel édifice », ajoute M. Plourde.

Outre la Banque Nationale, Raymond Chabot Grant Thornton et Investissement Québec logent au 600, rue De La Gauchetière.

Kevric vise les entreprises technos

À vendre depuis l’an dernier, le siège social de la Banque Nationale a suscité l’intérêt d’une quinzaine d’acheteurs potentiels. Sept d’entre eux ont pu obtenir une visite officielle des lieux. Six offres ont été présentées.

L’acquisition du 600, rue De La Gauchetière n’est pas dénuée de sens pour la Corporation immobilière Kevric, qui est aussi copropriétaire et gestionnaire de la Place Bonaventure et de la tour Aimia, deux immeubles situés à proximité.

La recherche de locataires pour combler les étages qui seront libérés par la Banque n’inquiète pas le grand patron de Kevric. « On est très optimiste étant donné qu’il n’y a pas de nouvelles constructions à l’horizon, outre la tour de la Banque Nationale », dit Richard Hylands.

Kevric vise manifestement des locataires dans les secteurs de la technologie et de l’économie du savoir. 

Nous avons une fenêtre assez intéressante pour louer les locaux une fois que la Banque aura quitté. On voit Google s’installer près d’ici et Shopify qui s’est installée dans la tour Aimia et qui occupe aujourd’hui plus de trois étages dans l’immeuble.

Richard Hylands, président de Kevric

M. Hylands croit que des PME d’ici vont grandir après avoir été achetées par des multinationales, par exemple. Elles auront besoin d’espace additionnel. « On croit aussi que les gens veulent revenir vers le centre-ville. Il n’y avait pas beaucoup d’options auparavant. »

Kevric, qui possède aussi une dizaine d’immeubles à Toronto, entend investir plus de 50 millions pour revaloriser le 600, rue De La Gauchetière. L’entreprise veut notamment réorienter la porte d’entrée sur le square Victoria et modifier l’extérieur des étages inférieurs avec de grandes vitres. Kevric entend commencer les travaux d’ici 18 mois.

« Des clients comme Shopify et Google, par exemple, représentent la nouvelle économie de Montréal. On veut rendre nos immeubles attrayants pour ces gens-là. L’industrie du savoir et de la technologie, c’est une réalité ici. Le dynamisme de la ville s’articule autour de cette économie. »